Les rencontres avec le Christ ressuscité

Les premiers témoins à rencontrer le Christ ressuscité, dans les récits évangéliques, (Mt 28,1 ; Mc16,1 ; Lc 24,1 ; Jn 20,1) ce sont les femmes. Elles veulent examiner le tombeau et regarder en silence celui qui a touché leur coeur. Les femmes font confiance à la vie par-delà la mort, elles vont à la rencontre du ressuscité quand elles le croisent. "Soyez sans crainte, dit Jésus, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée, c’est là qu’ils me verront" (Mt 28,10). Les hommes très sceptiques n’ont pas cru à leur témoignage ! "Mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas" (Lc 24,11).

Les disciples ont peur de subir le même sort que leur maître ! Leurs portes sont verrouillées. C’est au coeur de cette peur, que le Christ ressuscité, leur rend visite. Il leur livre 3 dons de Pâques : la paix, l’envoi en mission, le don de l’Esprit Saint. Il vient leur partager son expérience de paix après avoir traversé la peur de la mort. Il vient témoigner que Dieu son Père ne l’a pas abandonné. Il vient témoigner qu’aucune haine, ni violence ni mort, ne sauraient empêcher d’aimer et de faire vivre. Cette paix, c’est la joie retrouvée, c’est la miséricorde et le pardon, c’est la réconciliation. La paix intérieure, voilà l’héritage que le Christ nous laisse et à l’Église de tous les temps.

 

Après le don de la paix, suit l’envoi en mission qui lui aussi est un don du Ressuscité et un témoignage à rendre à sa résurrection. Rencontrer et reconnaître Jésus ressuscité, c’est poursuivre son oeuvre, ne pas la laisser mourir. Le Christ ressuscité envoie ses disciples, malgré leur peur, affronter le péché du monde, le mal à l’oeuvre dans le monde. Il les envoie faire front contre les esprits mauvais, comme Il l’a fait lui-même. Ainsi, croire en la résurrection, ce n’est pas bénéficier d’une information, c’est engager tout son être dans un combat pour la vie et s’engager contre le mal et la haine, et tout ce qui abîme la vie de l’homme, dans son être, dans le monde où il vit. C’est recevoir la puissance spirituelle de dénoncer le mal là où il règne.

Thomas avait juré qu’il croirait après avoir vu les marques de sa passion. Jésus l’invite à toucher et à regarder ses mains et son coté ; il découvre que ces plaies de crucifié sont les blessures d’un amour sans mesure. Nous avons l'habitude de désigner Thomas comme "l'incrédule" ; ce n'est pas faux. Mais ce n'est pas tout à fait vrai non plus. Il avait demandé à voir et à toucher les plaies de Jésus. En fait, il n'en a pas eu besoin. Les autres disciples avaient vu le Seigneur. Thomas va plus loin : il a été le premier à reconnaître en lui "Mon Seigneur et mon Dieu." La rencontre et la parole de Jésus vont provoquer la profession de foi de l'incrédule. Jésus lui a fait miséricorde pour son incrédulité. Nous aussi, nous nous reconnaissons dans ce disciple qui cherche des preuves. Mais le Seigneur nous redit les mêmes paroles : "Heureux ceux qui croient sans avoir vu."

Comme un inconnu, Jésus rencontre aussi les disciples d’Emmaüs et marche avec eux. Ils sont déçus, ont perdu tout espoir et ils repartent chez eux pour oublier les événements tragiques du Calvaire. Comme eux nous marchons sur la route en tournant le dos à nos espérances. Mais il y a quelqu’un qui cherche à nous rejoindre pour marcher à nos côtés. Comme les deux disciples nous pouvons lui parler de ce qui nous accable et nous fait souffrir. Ne nous arrive-t-il pas de voir notre foi s’estomper et de penser même qu’elle disparaît ? N’avons-nous jamais eu l’angoisse de ne plus croire ? Les disciples d’Emmaüs sont nos précurseurs aussi bien dans le doute que dans la démarche de la foi.

P. Ignace, curé de la paroisse