Brève histoire de l'église Saint-Martin-Saint-Brice.

La première mention connue de l'église Saint-Martin remonte à 1136 lorsqu'elle fut donnée à l'abbaye bénédictine de Gembloux. Elle existait donc déjà auparavant. L'église actuelle a été construite et aggrandie en 1723 par l'Abbé de Gembloux Pierre Demonceau à l'emplacement des anciennes, en réutilisant certains matériaux et conservant certains éléments. L'édifice est de facture classique, bâtie en briques et pierres bleues sur un soubassement de grès. La tour, massive et carrée, est coiffée d'une flèche octogone. En 1774, elle fut rehaussée jusqu'à une hauteur de 18 mètres, le sommet du clocher se trouvant ainsi à 24 m du sol. L'intérieur se partage en une large nef centrale et deux nefs latérales. Le choeur, profond de 10 m, correspond à celui d'une chapelle d'abbaye, prévu pour de grandes cérémonies liturgiques. L'ensemble de l'ameublement est de style Louis XIV, mais les ornementations sont du Louis XV.

L'autel majeur, en chêne sculpté, date de 1787. Il s'élève jusqu'à la voûte et présente une succession de représentations religieuses s'imbriquant les unes dans les autres : angelots, calvaires, reliquaires, Dieu le Père et Esprit Saint. Tout le crédo! Les deux autels latéraux ont été placés en 1787 et la chaire de vérité en 1793.

Les stalles et boiseries du choeur ont été achetées en 1816 et proviennent de l'abbaye cistercienne d'Argenton à Lonzée dont les moniales avaient été expulsées en 1796. Et les lambris de l'église furent ajoutés en 1846; ils ont été offert par le bourgmestre, M.Emmanuel Thienpont. La cuve des fonts baptismaux, en granit, porte gravée la date de 1671.
Les orgues actuelles ont été installées en 1875 et les vitraux du choeur datent de 1870.

A la même époque, la statue équestre de Saint-Martin, rongée par les vers, tomba en poussière. Or, dans l'église de Corroy-le-Grand, se trouvait une fort belle statue en chêne de Saint Brice. Mais le curé d'alors la trouvait mal peinte et souhaitait la remplacer par une statue en plâtre plus discrète. M.Dufour, curé de Nil-Saint-Martin, réfléchit :
Saint Brice fut le disciple de Saint Martin et son successeur à l'évêché de Tours en 397. Même époque, même fonction, même costume...Donc, la représentation de l'un pourrait fort bien convenir à celle de l'autre...
M.Dufour proposa donc à son confrère de lui payer une nouvelle statue en plâtre de Saint Brice et de recevoir l'ancienne en échange. Marché conclu!

Mais l'histoire ne s'arrête pas là! Le tansport de Corroy à Saint-Martin se fit en hiver, après une nuit de neige. La statue avait été soigneusement couchée sur un lit de paille dans un tombereau. Mais, à l'arrivée, elle avait disparu! Dans une des nombreuses côtes de Corroy, elle avait glissé sans bruit de la charrette et on la retrouva couchée dans la neige.
Saint Brice refusait-il de se transformer en Saint Martin? On alla le rechercher, on le convainquit et il se résigna apparemment de bonne grâce. Mais, depuis, la paroisse s'appelle "Saint-Martin-Saint-Brice"

Tout au long de l'histoire de l'église, on relève ainsi les traces des innombrables bonne volontés qui, au cours du temps, se sont manifestées et se manifestent encore pour entretenir et embellir le bâtiment et le mobilier.

Ainsi, le 1 octobre 1951, a été replacée, sur l'autel latéral gauche, une remarquable Vierge à l'Enfant parfaitement restaurée. A cause de son sourire si gentil et un peu malicieux, les paroissiens l'invoquent sous le vocable de "Notre Dame de la Réconciliation" et la prient surtout en cas de disputes avec des parents ou des voisins...
Son socle porte la date de 1475 et on la croit issue de l'Atelier du Maître de la Madone de Piétrebais. Elle a été taillée dans un seul bloc de chêne. Elle serre contre elle un enfant Jésus qui tient dans sa main gauche une pomme de l'Arbre de la conssaissance du bien et du mal.
Et son sourire veille sereinement sur son église et toute sa paroisse.

Dans le choeur, on admire un grand crucifix lui aussi en chêne. La croix, haute de 3 m, porte la date de 1614 et remplace de toute évidence une croix plus ancienne et manifestement plus large, sans doute abîmée.
Le Christ mesure 1,10m de haut; il est de style renaissance et aurait été sculpté en 1550. Le visage, incliné vers la droite, est de toute beauté. Il respire à la fois la souffrance, une immense bonté et le repos de la mort.

Citons encore un ostensoir en argent de 1746, un encensoir également en argent de 1766 et, toujours en argent, un plateau et deux burettes : le plateau porte l'inscription " Nil St Martin 1766"; le corps de la burette à vin est gravé de pampres et son couvercle orné de pampres et de raisins; la burette à eau est gravée de roseaux et le couvercle est couvert de coquillages.

Bien d'autres pièces méritent d'être admirées, mais on ne saurait tout détailler ici.

Ainsi, depuis mille ans au moins, l'église Saint-Martin est au coeur du village, est le coeur du village et ceux-mêmes qui ne la fréquentent qu'épisodiquement y tiennent énormément. C'est un patrimoine précieux auxquel on est attaché par bien des fibres historiques, religieuses,émotionnelles, sociales, familiales. C'est là que l'on baptise, que l'on se marie, que l'on pleure, que l'on prie.

L'ancien cimetière enserre étroitement l'église. Lui aussi remonte à plus de mille ans. De là son élévation de plus d'un mètre sur les terrains avoisinants. Il contient quelques antiques pierres tombales remarquables et conserve les noms des familles les plus anciennes du village.
Un nouveau cimetière a été aménagé rue du Paradis, mais la fidélité des habitants de Nil-Saint-Martin est telle que la dernière inhumation dans l'ancien cimetière eut lieu en 1974, soit 75 ans après la bénédiction du nouveau!

A côté de l'église, on peut admirer le presbytère qui a, comme l'église, remplacé un bâti plus ancien. Il date de 1774. C'est une maison à double corps et deux niveaux en briques et pierres bleues.
En 1795, lorsque la Convention décréta la réunion définitive de la Belgique à la France, nos provinces furent partagées administrativement en préfectures, départements, sous-préfectures ou cantons.Or, à cette époque, le presbytère était quasiment neuf. Le sous-préfet le choisit pour demeure, ce qui entraîna la création du canton de Nil-Saint-Martin et qu'un si petit village devint un chef-lieu!
L'élément le plus remarquable de la cure est l'escalier monumental placé près de la porte d'entrée.Il est en style mosan très pur et sa rampe forme une ellipse merveilleuse de régularité jusqu'aux greniers. Il semble bien qu'il date des environs de 1600. En effet, il provient de l'Abbaye de Gembloux où il fut remplacé par un escalier de marbre sculpté. Par un caprice de l'histoire, le marbre fut brisé alors que le vieil escalier de chêne, relégué au village, dure toujours...

Voilà! Nil-Saint-Martin est un petit village qui se développe régulièrement. Il est ancré sur une vieille terre et a traversé l'histoire et ses aléas sans grand fracas, mais avec ténacité et témoigne paisiblement de la continuité de l'ancrage chrétien dans nos régions.